Histoire de la protection de la nature et de l’environnement
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Nouvelle brève
dimanche 8 janvier
Décès de Monsieur Pierre Pfeffer. Durant un demi-siècle il fut un acteur majeur de la protection de la nature, tant au plan national qu’international. Voir sa biographie.
 
BÉTOLAUD Yves (1926-2003)
dimanche 10 octobre 2010
par Roger Cans , Isabelle Arpin
popularité : 67%

Yves Bétolaud naît le 29 février 1926, à Paris, dans une famille de la grande bourgeoisie. Un de ses arrières-grands-pères a été bâtonnier de Paris ; son père, Jean, est fondé de pouvoir d’un agent de change. Sa mère, Yvonne de Cagny, est sans profession. Elle décède dans un accident de voiture en même temps que son plus jeune enfant, alors qu’Yves Bétolaud n’a que six ans. La famille possède un immeuble à Paris, dans le 16e arrondissement, et une grande propriété dans le Limousin, dont les terres sont en métayage. C’est là qu’il passe ses vacances avec ses trois frères et sœurs et son père veuf, sous la garde de leurs grands-mères ou de gouvernantes. Et c’est là qu’il découvre avec ravissement la nature, les grands espaces et la vie paysanne.

Il est scolarisé dans des établissements catholiques (Sainte-Croix à Neuilly, Saint-Joseph à Sarlat) puis au lycée Janson-de-Sailly à Paris. Après la guerre, désireux d’avoir une vie « aussi utile que possible », il choisit l’Agro (Institut national agronomique), institution dont il ne gardera pas un souvenir impérissable. À vingt ans, il découvre la montagne au cours d’un été à Tignes (Savoie). Séduit par ce milieu, il demande à être affecté dans la division française d’Autriche lorsqu’arrive le moment du service militaire. Il y passe neuf mois, sous le commandement du général Béthouart (cet officier viendra au secours du parc national de la Vanoise en 1969). Il fait ensuite l’École nationale des Eaux et Forêts à Nancy, puisque c’est la forêt qui l’attire depuis l’enfance.

Pour son premier poste, en 1951, il opte pour le sud marocain (arrondissement de Tiznit), où il est le seul ingénieur. Dans cette région aride, il s’occupe beaucoup de restauration des sols et découvre une nature et des hommes qui le passionnent. Dès cette époque, il noue avec des naturalistes des relations étroites, qu’il ne cessera de cultiver et d’enrichir. Il devient correspondant de l’Institut scientifique chérifien et collabore en particulier avec le professeur Charles Sauvage, spécialiste de la végétation marocaine et figure de l’institut. Poursuivant l’entreprise de ses prédécesseurs en Algérie, il entreprend de replanter des arbres, comme des amandiers et des eucalyptus, pour lutter contre la désertification. Cette expérience le convainc que la nature évolue constamment et que « pour la sauvegarder, il ne faut pas en avoir une vision figée ».

En 1953, il épouse Andrée Perret, une pied-noir d’Algérie qui travaille pour la Croix-Rouge au Maroc après son divorce. Comme lui, elle est de tradition gaulliste. Ils auront un fils et une fille. La famille reste au Maroc après l’indépendance (1955), mais rentre en France deux ans plus tard, après un bref séjour à Camp Marchand, dans l’arrière-pays de Rabat. Il est alors nommé, à son « grand dépit », adjoint au chef du bureau du contentieux et des études juridiques à la direction générale des Eaux et Forêts. Lui qui craignait de se morfondre dans un bureau découvre que le droit est un outil primordial pour la protection de la nature et que tout ou presque est encore à faire en matière de textes juridiques. Au rythme où le pays se modernise et se transforme, il s’agit d’aller vite. En juillet 1957, il fait adopter une loi, modifiant la loi de 1930, qui donne une existence officielle aux réserves naturelles et, l’année suivante, une ordonnance sur la sauvegarde des espaces boisés, urbains et suburbains. Il est également à l’origine d’un décret de 1959 visant à préserver le « caractère » du littoral Provence-Côte d’Azur, qui introduit la notion de « périmètres sensibles ».

En 1960, le gouvernement charge le ministère de l’agriculture d’instituer des parcs nationaux. Edgar Pisani confie le travail à Yves Bétolaud, qui réussit à faire adopter en juillet 1960 la loi relative à la création des parcs nationaux. Dès l’automne, il se rend en Savoie pour rencontrer les candidats à la création du parc de la Vanoise. Il est séduit par la personnalité, les compétences et l’expérience de Maurice Bardel, lui aussi ingénieur forestier. Les deux hommes vont désormais former un tandem particulièrement soudé, qui va durer dix ans.

En 1961, il est nommé chef de la division de la protection de la nature et des parcs nationaux, qui n’existent pas encore. « Vous n’avez qu’à les créer ! », lui dit son ministre. À l’occasion d’un voyage d’étude aux États-Unis, il visite le parc de Yellowstone et un parc marin près de Monterey (Californie). Un parc de montagne et un parc marin, cela lui donne des idées. Mais il faut devancer les promoteurs immobiliers, aussi actifs et déterminés en montagne que sur le littoral. En octobre 1961 est promulgué le règlement d’administration publique de la loi de 1960, contresigné par le Premier ministre et 13 ministres. Yves Bétolaud l’a conçu de manière à pouvoir intégrer dans une même législation des cas aussi différents que ceux de la Vanoise et de Port-Cros. À la suite d’un arbitrage de Matignon, la mise en valeur des zones périphériques est confiée au ministère chargé de la construction et non à l’administration chargée des parcs nationaux : Yves Bétolaud le regrette, non par corporatisme, écrit-il, mais par crainte que les parcs nationaux ne soient tiraillés entre deux administrations et leur unité compromise.

Reste à créer officiellement ces premiers parcs. À Port-Cros, il s’appuie sur l’exemple du parc marin de Monterey pour convaincre les sceptiques que la protection des fonds marins a un sens. Il doit encore persuader les propriétaires de céder leurs terrains ; il s’y emploie activement et avec succès. Les deux parcs voient le jour le 6 juillet 1963 (Vanoise) et le 14 décembre 1963 (Port-Cros). C’est pour Yves Bétolaud une victoire d’importance. Seul petit bémol : l’événement, à peine cité par les grands quotidiens nationaux, passe à peu près inaperçu.

Il participe aussi au groupe de travail du ministère de l’agriculture chargé des espaces verts en région parisienne, qui élabore un programme d’acquisition de 30 000 hectares menacés d’urbanisation.

En 1964, à la demande d’Edgar Pisani et d’Olivier Guichard, premier délégué à la DATAR (délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale), il part avec des collègues en mission en Allemagne pour y étudier les parcs naturels régionaux. Leur rapport débouchera sur l’organisation des journées nationales d’étude sur les parcs naturels régionaux (colloque de Lurs, septembre 1966) et le décret du 1er mars 1967 qui les crée.

Lorsque Edgar Faure remplace Edgar Pisani à l’agriculture, Yves Bétolaud entre dans son cabinet comme conseiller technique (1966-1967). C’est alors qu’il se bat pour le rachat de centaines d’hectares en forêt de Fontainebleau. Il devient sous-directeur de l’espace naturel au ministère de l’agriculture (1967-1970) et lance un pré-inventaire des richesses naturelles de la France. Cette opération, qui annonce l’inventaire des zones naturelles d’intérêt écologique floristique et faunistique, reflète sa conviction que la nature constitue une véritable richesse et qu’il faut connaître pour protéger. Après l’affaire de la Vanoise, en 1969, le président Pompidou crée en 1970 une direction de la protection de la nature au ministère de l’agriculture, confiée au préfet Maurice Blanc. Le ministère de l’environnement, créé en 1971, revient à Robert Poujade tandis qu’Yves Bétolaud est réclamé par Jacques Chirac au ministère de l’agriculture pour diriger le service des forêts (1971-1974). C’est alors qu’il se lie d’amitié avec le député de Corrèze.

En 1974, le président Pompidou lui confie, malgré sa résistance, la direction générale de l’Office national des forêts, qu’il va conserver neuf ans. Yves Bétolaud s’associe au Muséum d’histoire naturelle en 1976. Il entretient de solides amitiés avec de nombreux naturalistes dont Jean Dorst, Théodore Monod, Pierre Pfeffer, mammalogiste, Jean-Baptiste de Vilmorin, héritier de grands botanistes, Alfred Balachowsky, entomologiste,…. En 1985, Huguette Bouchardeau, ministre de l’environnement, lui confie une délicate mission de conciliation dans le parc national des Pyrénées, qu’il réussit à mener à bien.

Viennent les honneurs qui couronnent une carrière : président du conseil général du Génie Rural des Eaux et des Forêts (1983-1987), officier (1987) puis commandeur de la Légion d’honneur. Il occupe ensuite deux fonctions inhabituelles pour un forestier, qui traduisent bien son attachement à la protection de la nature et aux parcs nationaux : il préside la Société nationale de protection de la nature (1984-1992) et le conseil d’administration du parc de la Vanoise (1987-1992). C’est la première fois qu’un haut fonctionnaire parisien ravit ce poste à un élu local. Yves Bétolaud succède en effet à trois Savoyards : Joseph Fontanet, président du conseil général de Savoie, Pierre Dumas, maire de Modane, et Éloi Chardonnet, maire d’Aussois. Afin de l’emporter, il fait valoir combien sa connaissance des instances nationales et internationales peut servir le parc à la veille de recevoir les Jeux Olympiques d’hiver en Tarentaise (1992) et de la signature de l’acte unique européen. Il restera président honoraire jusqu’en 1997.

En 1987, il résume pour le Dauphiné libéré sa philosophie dans les termes suivants : « protéger les espaces naturels, aider les populations montagnardes à assumer leur développement, faire connaître au plus grand nombre la nature et les enjeux de la défense des milieux de vie, mener à bien la recherche scientifique ».

Il traverse à la fin de sa vie deux épreuves pénibles : la mort de son fils, qui succombe à des piqûres de guêpe, et le ravage de sa forêt de Haute-Vienne par la tempête de 1999. Il meurt peu après, le 14 décembre 2003.

Tout au long de sa carrière de haut fonctionnaire, Yves Bétolaud a constamment œuvré pour la protection de la nature. Il a été profondément convaincu qu’elle devait intervenir au plus vite, à une échelle internationale et sur des fondements scientifiques et juridiques solides. Cette vision « rationnelle-légale » de l’action publique pour la préservation de la nature a sans doute motivé son scepticisme pour les militants écologistes, pour beaucoup dépourvus, selon lui, des connaissances nécessaires à une démarche éclairée.

Sources :

- entretien avec Yves Bétolaud réalisé par Raphaël Larrère et Adel Selmi à la fin des années 1990
- entretien avec Mme Bétolaud réalisé par Isabelle Mauz le 27 mai 2010
- archives personnelles d’Yves Bétolaud
- Who’s Who

 
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